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Où voir les traces de la Seconde Guerre mondiale à Paris : impacts de balles, plaques, bunkers et mémoriaux

Paris a échappé à la destruction en 1944 — c'est pourquoi ses cicatrices de guerre passent inaperçues. Le guide des façades criblées de balles, plaques commémoratives, inscriptions « Abri », bunkers et musées qui racontent encore l'Occupation et la Libération.

Par Clement Daguet-Schott
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Façade criblée d'impacts de l'École des Mines, boulevard Saint-Michel, avec sa plaque commémorant les combats du 25 août 1944

La ville qui n’a pas été détruite

Chaque 25 août, de petits bouquets apparaissent sur les murs de Paris. La plupart des passants ne les voient pas. Ils sont accrochés sous des plaques de marbre grandes comme une feuille de papier, qui marquent l’endroit exact où quelqu’un est tombé — un résistant, un soldat, un passant — pendant la semaine où la ville s’est libérée, en 1944.

Paris est une exception parmi les capitales européennes. Elle n’a pas été rasée par les bombes comme Londres, ni réduite en ruines comme Varsovie ou Berlin. Hitler a ordonné sa destruction et le général chargé de l’exécuter n’a pas obéi. Résultat : une ville où la Seconde Guerre mondiale est partout et presque invisible. Pas de ruines, pas de cratères, mais des milliers de petites cicatrices pour qui sait les lire.

Ce guide est la carte de ces cicatrices. Il suit le terrain que nous parcourons lors de nos visites guidées, et il paraît à point nommé pour l’anniversaire de la Libération de Paris — la meilleure semaine de l’année pour partir à leur recherche.

1. Les impacts de balles : lire la pierre

Les traces les plus frappantes sont celles que l’on peut toucher. Pendant les six jours de l’insurrection parisienne (19-25 août 1944), les combats ont éclaté autour de chaque point d’appui allemand, et la pierre calcaire tendre du Paris haussmannien a enregistré chaque rafale.

L’École des Mines, boulevard Saint-Michel (Rive Gauche). La façade de l’école, face au jardin du Luxembourg, est constellée d’impacts, et une plaque de marbre en donne la raison : « Bombardement de Paris, janvier 1918 — Combats de la Libération de Paris, 25 août 1944. » Deux guerres mondiales sur un seul mur. Les traces de 1918 datent de la Première Guerre mondiale, quand l’aviation allemande bombardait Paris ; celles de 1944 de la bataille du Palais du Luxembourg, où la garnison de la Luftwaffe a tenu derrière les grilles du jardin jusqu’à l’après-midi du 25 août, pendant que les chars français et les FFI remontaient le boulevard. La façade n’a jamais été ravalée. Les trous ont été délibérément conservés — un mémorial fait des dégâts eux-mêmes. C’est l’un des arrêts où notre visite Rive Gauche s’attarde le plus.

La Préfecture de police, île de la Cité. L’insurrection commence ici le 19 août, quand 2 000 policiers parisiens en grève s’emparent de leur propre quartier général et hissent le drapeau tricolore. Les Allemands contre-attaquent avec des chars ; les policiers tiennent avec des pistolets et des cocktails Molotov jusqu’à la trêve. Observez la pierre le long des quais autour du bâtiment : les impacts y sont toujours.

La place de la Concorde (Rive Droite). L’Hôtel de la Marine — le palais à colonnade du côté nord de la place — abritait l’état-major de la Kriegsmarine à Paris, et son voisin l’Hôtel de Crillon logeait des officiers allemands. Le 25 août, la place devient un champ de bataille : un char français est touché et brûle devant les grilles des Tuileries, et la dernière garnison allemande s’y rend sous le feu. C’est l’un des arrêts clés de notre visite Rive Droite — l’histoire de cet après-midi se raconte le mieux debout au milieu de la place.

Comment reconnaître ce que l’on regarde. Une balle laisse un cratère rond, en cône, large comme le bout du doigt. Un éclat d’obus laisse une entaille irrégulière, ovale. Une rafale de mitrailleuse laisse une ligne de trous qui monte en diagonale sur le mur. L’érosion et la pollution, elles, rongent la surface uniformément. Une fois que l’on a vu un véritable impact, on se met à en repérer partout dans la ville.

2. Les plaques : « Ici est tombé… »

Paris compte largement plus d’un millier de plaques commémoratives de la Seconde Guerre mondiale, plus que toute autre capitale européenne. La plupart suivent la même formule : Ici est tombé, un nom, un âge, parfois une unité, et la mention Mort pour la France. Beaucoup ont été posées dans les mois qui ont suivi la Libération, financées par des voisins ou des camarades.

Lisez-les en marchant et un dessin apparaît. Rive Gauche, elles se concentrent le long du boulevard Saint-Michel, de la rue des Écoles, des quais de l’île de la Cité et des ponts — l’axe des combats entre les barricades du Quartier latin et les garnisons allemandes du Luxembourg et du Sénat. Rive Droite, elles se densifient autour de la Concorde, de la rue de Rivoli et de l’Hôtel de Ville, où sont tombés les derniers points d’appui.

Certaines plaques racontent une guerre plus ancienne et plus silencieuse. Devant des centaines d’écoles primaires parisiennes, un texte plus récent — apposé depuis le début des années 2000 — rappelle le nombre d’enfants juifs de cette école déportés entre 1942 et 1944 et jamais revenus. Ce sont parmi les inscriptions les plus bouleversantes de la ville, précisément à cause de l’endroit : sur le mur d’une école, à hauteur d’enfant, à côté d’une cour de récréation.

Le 25 août, la Ville fleurit un grand nombre de plaques de la Libération. Si vous ne devez venir à Paris qu’une fois pour son histoire de guerre, c’est ce jour-là.

3. Les inscriptions fantômes : « ABRI » et flèches peintes

Regardez au-dessus des devantures et sur les flancs des immeubles anciens : des lettres au pochoir, souvent effacées jusqu’à l’ombre, ABRI, parfois avec une flèche et un nombre de places. Elles ont été peintes en 1939-1940 pour guider vers les caves servant d’abris antiaériens, et un nombre surprenant d’entre elles ont survécu sous la crasse et les couches de peinture. La Rive Gauche, moins reconstruite que les boulevards de l’ouest, en garde encore une poignée.

Ce qui n’a pas survécu, sinon en photographie, ce sont les panneaux allemands : des panneaux de bois noir et blanc boulonnés aux réverbères, indiquant en lettres gothiques la direction du Militärbefehlshaber, du Soldatenheim ou de l’hôpital de la Wehrmacht. Ils ont été arrachés dans les heures qui ont suivi la Libération. Nous emportons des copies de ces photographies lors de nos visites, parce que tenir une image de 1941 devant le même réverbère est le moyen le plus rapide de comprendre à quoi ressemblait Paris occupé.

4. Sous terre : les bunkers de Paris

Paris occupé a construit vers le bas, et une grande partie est toujours là.

Le PC Rol-Tanguy, place Denfert-Rochereau. En août 1944, le colonel Henri Rol-Tanguy, chef des FFI de la région parisienne, dirige l’insurrection depuis un abri de la Défense passive situé à une vingtaine de mètres sous la place. C’est aujourd’hui la pièce maîtresse du Musée de la Libération de Paris – Musée du Général Leclerc – Musée Jean Moulin, rouvert pour le 75^e anniversaire en 2019 dans les anciens pavillons d’octroi de Ledoux. Entrée gratuite, et la descente dans l’abri vaut à elle seule la visite.

Le bunker de la Luftwaffe sous le lycée Montaigne. En bordure du jardin du Luxembourg, l’armée de l’air allemande a construit un vaste bunker de béton sous la cour d’un lycée parisien. Il est normalement fermé, mais ouvre lors des Journées du Patrimoine en septembre — réservez tôt.

La gare de l’Est. Sous les quais se trouve un bunker construit pour le personnel ferroviaire puis utilisé par l’occupant, avec son matériel de ventilation d’époque. Les visites sont rares et organisées par la SNCF.

Le métro. Plusieurs stations fermées en septembre 1939 n’ont jamais rouvert — Arsenal, Saint-Martin, Croix-Rouge, Champ-de-Mars. Leur histoire est dans notre article sur les stations fantômes.

5. Les bâtiments qui ont changé de camp

Certaines des adresses les plus célèbres de Paris ont passé quatre ans sous un autre drapeau. Rien ne le signale, pour la plupart — c’est précisément pourquoi elles ont leur place dans cette liste.

6. Mémoriaux et musées

  • Le Mémorial des Martyrs de la Déportation, à la pointe est de l’île de la Cité, derrière Notre-Dame. Inauguré par de Gaulle en 1962, c’est une crypte enterrée tapissée de 200 000 points de lumière, un pour chaque déporté de France. Gratuit, à cinq minutes à pied de l’histoire de guerre de la cathédrale elle-même.
  • Le Mémorial de la Shoah, dans le Marais : le Mur des Noms recense les quelque 76 000 Juifs déportés de France.
  • Le Jardin-mémorial des Enfants du Vel’ d’Hiv, quai de Grenelle, à l’emplacement du vélodrome démoli où plus de 13 000 personnes ont été retenues après la rafle des 16 et 17 juillet 1942.
  • Le Mont-Valérien, à Suresnes, juste à l’ouest de Paris : la forteresse où plus d’un millier d’otages et de résistants ont été fusillés, et le mémorial national de la France combattante.
  • Le Musée de l’Armée, aux Invalides : les salles consacrées à la Seconde Guerre mondiale, et le Musée de l’Ordre de la Libération.

Comment en faire une journée

La Rive Gauche offre la plus forte concentration sur le plus petit périmètre : partez du Musée de la Libération à Denfert-Rochereau, remontez vers le nord par le jardin du Luxembourg jusqu’à l’École des Mines, descendez le boulevard Saint-Michel jusqu’à la Sorbonne, et terminez à la Préfecture, à Notre-Dame et au Mémorial de la Déportation. Trois heures à pied, avec les plaques pour fil d’Ariane.

La version Rive Droite va du Trocadéro (Musée de l’Homme) le long du fleuve jusqu’au pont Alexandre III, la Concorde, les Tuileries et le Jeu de Paume, pour finir au Ritz et au Meurice.

Ou venez avec nous. Notre visite guidée Rive Gauche sur la Seconde Guerre mondiale et notre visite guidée Rive Droite suivent exactement ces itinéraires, avec les photographies d’archives, les noms derrière les plaques, et les histoires qu’aucune plaque n’est assez longue pour raconter.

Chaque mur de Paris a une histoire — Réservez une visite guidée.


Photo : la plaque et la façade criblée d’impacts de l’École des Mines, boulevard Saint-Michel. Photographie personnelle, Paris History Tours.

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À partir de 59 € Petit groupe · Visite de 2 h
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