Quand résister était impensable
À l’automne 1940, la France était une nation sous le choc. L’armée allemande avait conquis le pays en seulement six semaines. Le maréchal Pétain avait signé l’armistice. Paris était occupé, avec des soldats allemands défilant sur les Champs-Élysées et des drapeaux à croix gammée accrochés aux bâtiments publics.
Pour la plupart des Français, l’idée de résistance semblait non seulement dangereuse mais inutile. La guerre semblait terminée. L’Allemagne avait gagné.
Pourtant, une poignée d’individus refusa d’accepter la défaite. Parmi eux se trouvait Agnès Humbert, historienne de l’art au Musée de l’Homme, sur la colline du Trocadéro à Paris.
La naissance d’un réseau
Humbert avait 45 ans à la chute de Paris. Intellectuelle, féministe et patriote passionnée, elle était horrifiée par l’occupation et déterminée à agir.
Dans les semaines suivant l’armistice, elle commença à rencontrer des collègues du Musée de l’Homme et d’autres Parisiens partageant les mêmes convictions. Le groupe comprenait :
- Boris Vildé, linguiste et ethnographe d’origine russe au musée
- Anatole Lewitsky, autre ethnographe d’origine russe
- Yvonne Oddon, bibliothécaire du musée
- Paul Rivet, directeur du musée, qui donna sa bénédiction tacite
Ensemble, ils formèrent ce qui devint le réseau du Musée de l’Homme — l’un des tout premiers groupes de résistance organisés dans la France occupée.
Ce qu’ils firent
Les activités du réseau étaient audacieuses pour leur époque, où toute forme d’opposition pouvait signifier la mort :
Journal clandestin : Le groupe produisait et distribuait Résistance, l’un des premiers journaux clandestins de la France occupée. Publié pour la première fois le 15 décembre 1940, il diffusait des informations captées sur la BBC, des appels patriotiques et des incitations à résister à l’occupation.
Collecte de renseignements : Les membres recueillaient des informations militaires sur les mouvements de troupes allemandes, les fortifications et la logistique, les transmettant aux services de renseignement de la France Libre et britanniques.
Réseaux d’évasion : Le groupe aidait les soldats alliés, les prisonniers de guerre évadés et d’autres personnes recherchées par les Allemands à passer en zone libre ou à quitter la France.
Recrutement : Depuis sa base au Musée de l’Homme, le réseau s’étendit pour inclure des universitaires, des étudiants et des professionnels à travers Paris et au-delà.
Le journal intime
Ce qui rend l’histoire d’Humbert particulièrement vivante, c’est qu’elle tint un journal détaillé tout au long de cette période. Publié des décennies plus tard sous le titre Notre Guerre, il offre un témoignage rare à la première personne de ce que l’on ressentait en résistant dans les premiers jours, les plus incertains.
Ses entrées capturent la peur, la détermination et les petits actes de défi qui définissaient la résistance précoce :
« Ce serait faire trop d’honneur à Hitler que de considérer cette lutte comme une simple lutte contre lui. C’est une lutte pour la dignité du genre humain. »
Elle écrivit sur l’excitation de distribuer des journaux interdits, l’angoisse constante d’être surveillée, et la camaraderie de personnes unies par un refus partagé de se soumettre.
Trahison et arrestation
La chute du réseau vint par infiltration. Début 1941, un homme nommé Albert Gaveau, qui s’était fait passer pour un sympathisant, travaillait en réalité pour les services de renseignement militaire allemands (l’Abwehr).
La trahison de Gaveau entraîna une vague d’arrestations au printemps 1941 :
- Boris Vildé et Anatole Lewitsky furent arrêtés en mars 1941
- Agnès Humbert fut arrêtée le 15 avril 1941
- Yvonne Oddon fut arrêtée peu après
En février 1942, sept membres du réseau furent jugés par un tribunal militaire allemand. Vildé, Lewitsky et cinq autres furent condamnés à mort. Ils furent fusillés au Mont-Valérien le 23 février 1942 — parmi les premiers résistants exécutés en France.
L’épreuve d’Humbert
Agnès Humbert fut condamnée à cinq ans de travaux forcés. Elle fut déportée en Allemagne, où elle passa plus de trois ans dans des camps de travail forcé, endurant des conditions difficiles, la faim et la menace constante de la mort.
Elle survécut et revint en France après la libération. Malgré le coût physique et psychologique, elle poursuivit son travail en histoire de l’art et écrivit son mémoire, s’assurant que l’histoire du réseau du Musée de l’Homme ne serait pas oubliée.
Un héritage de courage
Le réseau du Musée de l’Homme est significatif non seulement pour ce qu’il a accompli, mais pour le moment où il a agi. À une époque où la résistance organisée existait à peine — quand l’appel du 18 juin de de Gaulle n’était encore qu’une émission de radio que la plupart des Français n’avaient pas entendue — ce petit groupe d’intellectuels choisit de se battre.
Leur journal Résistance donna son nom à l’ensemble du mouvement qui allait grandir au cours des années suivantes.
Les membres exécutés au Mont-Valérien sont honorés au Mémorial du Mont-Valérien, principal mémorial national français de la Résistance.
Découvrez cette histoire lors de notre visite
L’histoire d’Agnès Humbert et du réseau du Musée de l’Homme est l’un des récits centraux de notre Visite Rive Gauche. À notre arrêt Sorbonne, près du quartier universitaire où nombre de ces intellectuels vivaient et travaillaient, nous donnons vie à leur histoire — le courage de gens ordinaires qui choisirent de résister quand la résistance semblait impossible.
Nous explorons également le contexte plus large de la résistance précoce à Paris, des premiers actes de défi individuel à l’émergence de réseaux organisés qui joueraient un rôle crucial dans la Libération.
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