Notre-Dame de Paris, témoin de la Libération de Paris en août 1944

La Libération de Paris : Que s'est-il passé le 25 août 1944 ?

Clement Daguet-Schott |
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Une ville au bord du gouffre

À la mi-août 1944, Paris était sous occupation allemande depuis plus de quatre ans. Les forces alliées, débarquées en Normandie le 6 juin, avançaient rapidement à travers la France — mais libérer Paris ne faisait pas initialement partie de leur plan.

La stratégie du général Eisenhower était de contourner la capitale et de pousser vers l’est en direction de l’Allemagne. Nourrir 4 millions de Parisiens nécessiterait des ressources logistiques énormes qui pourraient ralentir l’avancée. Le plan était de s’occuper de Paris plus tard.

Mais les Parisiens en avaient décidé autrement.

L’insurrection commence : 19 août 1944

Le 19 août, les Forces Françaises de l’Intérieur (FFI) — la branche armée de la Résistance — lancèrent une insurrection contre la garnison allemande. Des barricades s’élevèrent à travers la ville, construites avec des pavés, des voitures renversées et des arbres abattus.

La police parisienne joua un rôle crucial. Le 19 août, les policiers s’emparèrent de la Préfecture de Police sur l’Île de la Cité, hissant le drapeau tricolore pour la première fois en quatre ans. Cet acte audacieux signala que le soulèvement était sérieux.

Des combats éclatèrent dans toute la ville. Les FFI, forts d’environ 20 000 combattants mais faiblement armés, faisaient face à une garnison allemande d’environ 20 000 soldats équipés de chars, d’artillerie et de véhicules blindés.

La trêve et son effondrement

Le consul général de Suède, Raoul Nordling, négocia une trêve fragile entre les FFI et le gouverneur militaire allemand, le général Dietrich von Choltitz. La trêve tint partiellement les 20 et 21 août, mais elle fut rejetée par de nombreux chefs de la Résistance qui y voyaient une tentative de nier à Paris l’honneur de se libérer elle-même.

Le 22 août, la trêve s’effondra. Les combats reprirent avec une intensité accrue. Les barricades se multiplièrent — plus de 600 furent érigées à travers la ville. Les FFI attaquèrent les convois allemands, saisirent des bâtiments gouvernementaux et luttèrent pour le contrôle des carrefours stratégiques.

La 2e Division blindée de Leclerc

Pendant que Paris se battait, le général Philippe Leclerc s’impatientait. Le commandant de la 2e Division blindée (2e DB), une unité des Forces Françaises Libres qui avait combattu du Tchad à la Normandie, Leclerc avait toujours eu l’intention de libérer la capitale.

Le 22 août, Eisenhower autorisa finalement l’avancée sur Paris, convaincu par le risque d’un bain de sang si la Résistance restait sans soutien et par l’insistance de de Gaulle.

Leclerc envoya une avant-garde en éclaireur. Le soir du 24 août, un petit détachement mené par le capitaine Raymond Dronne — incluant des soldats républicains espagnols de la célèbre compagnie “La Nueve” — atteignit l’Hôtel de Ville à 21h22.

Les cloches de Notre-Dame et des églises de Paris se mirent à sonner, annonçant que la libération était proche.

25 août : le jour où Paris fut libéré

Le matin du 25 août, la 2e Division blindée entra en force dans Paris par plusieurs directions. Les chars français roulèrent sur les boulevards tandis que les Parisiens bordaient les rues, acclamant, pleurant et couvrant les soldats de fleurs.

Les combats n’étaient pas encore terminés. Des points de résistance allemands tinrent tout au long de la journée. À l’Hôtel Meurice de la rue de Rivoli, le général von Choltitz fut capturé par les forces françaises en début d’après-midi.

Von Choltitz signa la reddition de la garnison de Paris à la Préfecture de Police, mettant formellement fin à l’occupation allemande de la capitale.

La marche de De Gaulle : 26 août

Le lendemain, le général Charles de Gaulle mena une marche triomphale de l’Arc de Triomphe jusqu’à Notre-Dame en descendant les Champs-Élysées. Des centaines de milliers de Parisiens remplirent l’avenue et les rues environnantes.

La marche ne fut pas sans danger. Des coups de feu retentirent à plusieurs endroits du parcours — Place de la Concorde et à l’intérieur même de Notre-Dame. L’origine des tirs a été débattue par les historiens, les théories allant de snipers allemands restants à des miliciens nerveux en passant par des tirs accidentels.

De Gaulle, fidèle à lui-même, broncha à peine. Il continua à marcher, projetant l’image d’autorité et de calme dont il estimait que la France avait besoin.

À Notre-Dame, il assista à un Te Deum d’action de grâce, alors même que des coups de feu résonnaient dans la cathédrale.

Le coût de la Libération

La libération de Paris eut un coût humain significatif :

  • Environ 1 500 combattants FFI furent tués pendant l’insurrection
  • Quelque 600 civils perdirent la vie
  • Les pertes allemandes s’élevèrent à environ 3 200 tués et 12 800 prisonniers
  • La 2e Division blindée subit 71 tués et 225 blessés

À travers la ville, les cicatrices des combats restèrent visibles pendant des années — impacts de balles sur les façades, bâtiments endommagés et mémoriaux improvisés aux endroits où des combattants tombèrent.

Pourquoi Paris a survécu

L’un des aspects les plus remarquables de la Libération est que Paris en est sorti largement intact. Hitler avait ordonné la destruction de la ville — ses ponts minés, ses monuments préparés pour la démolition. Le fait que ces ordres n’aient pas été exécutés est l’un des grands « et si » de la Seconde Guerre mondiale.

L’histoire de pourquoi Paris n’a pas été détruit — et le rôle du général von Choltitz — fait l’objet d’un autre article de notre série : Pourquoi Hitler a-t-il ordonné la destruction de Paris ?

Parcourez les lieux de la Libération

Nos visites Rive Gauche et Rive Droite couvrent les moments clés de la Libération. À Notre-Dame, nous nous tenons là où de Gaulle a proclamé Paris libre. Au Pont Alexandre III, nous racontons l’histoire des ponts qui ont failli ne pas survivre. Place Vendôme, nous retraçons l’arrivée dramatique d’Hemingway.

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Clément Daguet-Schott

Clément Daguet-Schott

Passionné d'histoire et guide indépendant à Paris. Plus de 20 ouvrages de recherche, des visiteurs de 25+ pays et une note de 4.9/5 sur Google.

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