Une rue de Paris sous l'Occupation allemande pendant la Seconde Guerre mondiale, une période qui a transformé la ville de 1940 à 1944

Chronologie complète de Paris sous l'Occupation allemande (1940-1944)

Clément Daguet-Schott |
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Introduction

L’Occupation allemande de Paris a duré quatre ans, deux mois et onze jours. Du 14 juin 1940 au 25 août 1944, la capitale française a vécu sous l’autorité du Troisième Reich.

En tant que guide, je parcours ces rues chaque jour. Les lieux que je montre à mes visiteurs portent encore les cicatrices de cette période. La façon la plus parlante de raconter ces années noires reste la chronologie : chaque année de l’Occupation avait son atmosphère propre, son degré de peur, d’adaptation et de résistance. Voici le récit détaillé de la plus sombre page de l’histoire moderne de Paris.

1940 : L’effondrement

La débâcle militaire (mai-juin 1940)

Le 10 mai 1940, l’Allemagne lance son offensive à l’ouest. La percée des Ardennes prend de court l’état-major français. En quelques semaines, l’armée est en déroute. Le 10 juin, le gouvernement déclare Paris ville ouverte pour lui épargner les bombardements, et quitte la capitale pour Tours puis Bordeaux.

C’est le début de l’Exode, l’un des plus grands déplacements de population civile de l’histoire européenne. Entre six et dix millions de Français fuient vers le sud. Paris, qui comptait environ 2,8 millions d’habitants, n’en abrite plus que 700 000 lorsque les Allemands y entrent.

14 juin 1940 : Les Allemands entrent dans Paris

À l’aube du 14 juin, les premières unités allemandes pénètrent dans Paris par la Porte de la Villette. En milieu de matinée, le drapeau à croix gammée flotte sur l’Arc de Triomphe et la Place de la Concorde. Les troupes défilent sur les Champs-Élysées dans une mise en scène calculée.

La ville est d’un calme irréel. Les volets sont clos, les rues désertes. Les rares Parisiens restés observent la scène depuis leurs fenêtres.

En quelques jours, l’appareil d’occupation se met en place. L’Hôtel Meurice, rue de Rivoli, devient le quartier général du Kommandant von Gross-Paris. Le Palais du Luxembourg, siège du Sénat, est réquisitionné par la Luftwaffe. La Gestapo s’installe avenue Foch et rue des Saussaies — des adresses qui deviendront synonymes de terreur.

L’Armistice et le régime de Vichy

Le 22 juin 1940, le maréchal Philippe Pétain signe l’armistice à Rethondes, dans le même wagon où l’Allemagne avait signé sa capitulation en 1918 — une humiliation délibérée voulue par Hitler.

La France est coupée en deux. La zone nord, dont Paris, passe sous occupation militaire directe. La zone sud est administrée par le gouvernement de Vichy, dont la souveraineté n’est que de façade.

Depuis Londres, le général de Gaulle lance son appel du 18 juin, exhortant les Français à poursuivre le combat. Très peu l’entendent sur le moment, mais ce discours deviendra l’acte fondateur de la France Libre.

Les premiers mois

À l’automne 1940, un nouvel ordre s’impose. L’heure allemande (Berliner Zeit) est instaurée — les horloges sont avancées d’une heure. Des panneaux en allemand apparaissent dans les rues. Les ordonnances se multiplient : couvre-feu de 23 heures à 5 heures, carte d’identité obligatoire, restrictions de circulation entre les zones.

Le premier acte de résistance publique a lieu le 11 novembre 1940. Des étudiants et de jeunes Parisiens se rassemblent à l’Arc de Triomphe pour célébrer l’Armistice de 1918 malgré l’interdiction allemande. Les soldats tirent sur la foule. Plusieurs étudiants sont arrêtés, les universités temporairement fermées. Le signal est clair : tout le monde ne courbera pas l’échine.

1941 : L’étau se resserre

La vie quotidienne sous l’Occupation

En 1941, le rationnement domine le quotidien. Les rations officielles accordent environ 1 200 calories par jour à un adulte — à peine la moitié des besoins. Le pain, la viande, le beurre, le sucre, le fromage et le tabac sont distribués par un système de tickets. Les catégories sont cruellement hiérarchisées : les travailleurs de force reçoivent davantage que les employés de bureau, qui reçoivent plus que les personnes âgées.

Un vaste marché noir se développe. Les prix y sont souvent dix fois supérieurs aux tarifs officiels. Ceux qui ont de l’argent ou des liens à la campagne mangent correctement ; les autres souffrent de la faim. À l’hiver 1941-1942, la malnutrition est généralisée. Les enfants parisiens sont mesurables plus petits et plus légers que les moyennes d’avant-guerre.

Le combustible est quasi introuvable pour les civils. Le Métro devient le principal moyen de transport, même si plusieurs stations sont fermées pendant l’Occupation — certaines sont restées des stations fantômes jusqu’à aujourd’hui. Les vélos et les vélo-taxis remplacent les automobiles sur les boulevards.

La Résistance s’organise

Les premiers réseaux de résistance sont petits, fragmentés et extraordinairement dangereux. Agnès Humbert, historienne de l’art au Musée de l’Homme, participe à la création de l’un des premiers groupes organisés de Paris. Ils publient un journal clandestin, Résistance, et collectent des renseignements sur les mouvements de troupes allemands. Le réseau est infiltré et démantelé début 1941. Humbert est arrêtée en avril puis déportée en Allemagne.

D’autres réseaux se forment autour de pôles différents — communistes, gaullistes, catholiques, ou simplement patriotiques. La presse clandestine se multiplie. À la mi-1941, des dizaines de journaux circulent sous le manteau à Paris, transmis de main en main dans le plus grand secret.

En mai 1943, Jean Moulin, envoyé de de Gaulle auprès de la Résistance intérieure, parvient à unifier les principaux mouvements au sein du Conseil National de la Résistance (CNR). Moulin est arrêté par la Gestapo à Caluire, près de Lyon, le 21 juin 1943. Il meurt sous la torture sans avoir livré aucun nom. Il demeure la figure la plus vénérée de la Résistance française.

1942 : L’année la plus sombre

La Rafle du Vel’ d’Hiv : 16-17 juillet 1942

L’événement le plus honteux de l’Occupation se déroule les 16 et 17 juillet 1942. Lors de la Rafle du Vélodrome d’Hiver, la police française — agissant sur ordre allemand mais organisée par les autorités de Vichy — arrête 13 152 Juifs à Paris et en banlieue. Parmi eux, 4 115 enfants.

Les familles arrêtées sont conduites au Vélodrome d’Hiver, un stade de cyclisme situé près de la Tour Eiffel, où elles sont détenues dans des conditions épouvantables pendant plusieurs jours, presque sans eau, nourriture ni installations sanitaires. Elles sont ensuite transférées vers des camps de transit, principalement Drancy, dans la banlieue nord-est de Paris, avant d’être déportées vers Auschwitz-Birkenau.

Sur les quelque 13 000 personnes arrêtées lors de la Rafle du Vel’ d’Hiv, moins de 100 ont survécu à la guerre.

La rafle n’est pas un événement isolé. Tout au long de 1942, 1943 et 1944, des convois de déportation partent régulièrement de Drancy. Au total, environ 76 000 Juifs ont été déportés de France pendant l’Occupation. Moins de 2 500 en sont revenus.

Le durcissement

En novembre 1942, les Alliés débarquent en Afrique du Nord. L’Allemagne réagit en envahissant la zone sud jusque-là dite “libre”. La fiction de la souveraineté vichyste prend fin. À travers la France, la répression s’intensifie.

À Paris, l’appareil sécuritaire allemand se renforce. La Gestapo et la SS opèrent avec une brutalité croissante. Les prises d’otages et les exécutions de représailles deviennent courantes : pour chaque soldat allemand tué, des dizaines de civils ou de prisonniers politiques sont fusillés.

1943 : Résistance et répression

Sauver les œuvres d’art

L’une des histoires les plus remarquables de l’Occupation se déroule au Musée du Jeu de Paume, dans le jardin des Tuileries. Les nazis utilisent ce bâtiment comme centre de tri pour les œuvres d’art pillées auprès de collectionneurs juifs à travers la France — une opération menée par l’Einsatzstab Reichsleiter Rosenberg (ERR).

Rose Valland, discrète historienne de l’art en poste au Jeu de Paume, documente secrètement chaque œuvre qui transite par le musée : son origine, sa destination, le train qui la transporte. Pendant quatre ans, elle tient un registre minutieux au péril de sa vie. Ses notes se révéleront indispensables après la guerre pour retrouver des milliers d’œuvres volées.

Le travail forcé

En février 1943, le Service du Travail Obligatoire (STO) est instauré, contraignant les jeunes Français à travailler dans les usines allemandes. Le STO est massivement rejeté et pousse de nombreux jeunes hommes à entrer dans la clandestinité — et dans la Résistance. Les maquis se gonflent de réfractaires.

À Paris, le STO ajoute une couche supplémentaire de peur au quotidien. Les contrôles d’identité se multiplient, et tout jeune homme dans la rue risque d’être interpellé sur sa situation de travail.

1944 : Du Débarquement à la Libération

6 juin 1944 : Le Débarquement

Quand la nouvelle du débarquement en Normandie parvient à Paris le 6 juin 1944, un immense espoir traverse la ville. On se réunit autour de postes de radio clandestins pour écouter la BBC, malgré les peines sévères encourues. Mais la libération ne vient pas tout de suite. La Bataille de Normandie durera près de trois mois.

Pendant l’été 1944, la Résistance intensifie ses opérations dans Paris. Les cheminots sabotent les voies ferrées. Les policiers transmettent des renseignements aux FFI. La ville se prépare au soulèvement.

L’insurrection parisienne : 19-25 août 1944

Le 19 août, les Forces Françaises de l’Intérieur (FFI) déclenchent l’insurrection générale. La police parisienne s’empare de la Préfecture de Police sur l’Île de la Cité. Les barricades se dressent à travers la ville — plus de 600 au total, construites avec des pavés, des véhicules retournés et des arbres abattus.

Les combats sont intenses mais inégaux. Les FFI comptent environ 20 000 combattants, mais peu d’armes. La garnison allemande, sous les ordres du général Dietrich von Choltitz, dispose de chars, d’artillerie et de véhicules blindés.

Hitler ordonne à von Choltitz de détruire Paris plutôt que de le livrer intact aux Alliés. Des explosifs sont placés sous les ponts et les bâtiments stratégiques. Mais von Choltitz, convaincu que la guerre est perdue et que la destruction de Paris ne servirait à rien, temporise puis refuse d’exécuter l’ordre.

25 août 1944 : La Libération

Le soir du 24 août, une avant-garde de la 2e Division Blindée du général Leclerc atteint l’Hôtel de Ville. Les cloches de Notre-Dame sonnent dans tout Paris pour la première fois en quatre ans.

Le 25 août, la division entre dans la capitale. Von Choltitz se rend à la Préfecture de Police. L’après-midi, Charles de Gaulle descend les Champs-Élysées devant une foule immense et prononce les mots restés dans la mémoire nationale : “Paris outragé ! Paris brisé ! Paris martyrisé ! Mais Paris libéré !”

L’Occupation est terminée. Mais ses cicatrices — physiques, psychologiques et morales — marqueront la France pour des générations.

Le bilan

Les chiffres ne disent qu’une partie de l’histoire :

  • Quatre ans d’occupation (14 juin 1940 - 25 août 1944)
  • 76 000 Juifs déportés de France ; moins de 2 500 sont revenus
  • 4 115 enfants arrêtés lors de la seule Rafle du Vel’ d’Hiv
  • Plus de 600 barricades érigées pendant l’insurrection d’août 1944
  • Environ 1 500 combattants FFI et 600 civils tués lors de la Libération
  • 35 ponts minés dans la région parisienne, aucun détruit

Marcher dans cette histoire

Les rues de Paris portent encore les traces de l’Occupation pour qui sait les voir. Des impacts de balles sur les façades, des plaques commémorant la mort de résistants, l’emplacement du Vélodrome d’Hiver disparu — ces marques sont faciles à manquer dans l’agitation de la vie moderne.

Lors de mes visites guidées de la Rive Gauche et de la Rive Droite, je vous emmène sur les lieux précis où cette histoire s’est déroulée. Nous nous arrêtons devant l’Hôtel Meurice où von Choltitz s’est rendu, nous passons devant le Jeu de Paume où Rose Valland tenait ses registres secrets, et nous visitons les ponts qui furent minés mais jamais détruits.

Comprendre la chronologie permet de voir la ville autrement. Chaque coin de rue a une histoire, et beaucoup de ces histoires appartiennent aux quatre années les plus sombres de la vie de Paris.

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Clément Daguet-Schott

Clément Daguet-Schott

History enthusiast and independent tour guide in Paris. 20+ books of research, visitors from 25+ countries, and a 4.9/5 Google rating.

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